La
présentation essaiera d'explorer où nous mèneront dans les 10 prochaines années
les technologies de l'information. Nous essayons d'identifier les implications
sur la vie privée qu'apportera avec elle cette évolution de la technologie et
présentons brièvement quelques idées et projets de recherche concernant les technologies
permettant de faire face au défi croissant de la protection de la vie privée.
L'évolution de la technologie
de l'information.
Pour
le futur de la technologie de l'information, nous identifions 5 tendances majeures
qui auront toutes une implication sur la vie privée :
La
première tendance : dans les dix prochaines années, l'informatique continuera
à devenir de plus en plus puissante tant par la vitesse, la densité de gravure
(packing), la bande passante et le stockage. Il existe quelques limites fondamentales
à certaines technologies, mais en même temps, nous savons de l'expérience du passé
qu'il y a toujours eu des inventions ou des ruptures de technologie qui permettent
à la puissance de informatique de se maintenir sur sa courbe de croissance exponentielle.
Pour une performance donnée, cette tendance implique également que les ordinateurs
seront de moins en moins chers ou de plus en plus petits.
Du
point de vue de la vie privée, cette énorme croissance permettra de construire
des (micro-ordinateurs) PC qui pourront reconnaître les émotions ou parler comme
des êtres humains. Un téléphone multi-media pourra enregistrer chaque conversation
et identifier l'appelant en utilisant la reconnaissance vocale et fournir toutes
les informations le concernant qu'il peut trouver sur Internet. Toutes les choses
que l'on communiquera électroniquement ou fera ou dira dans un lieu public pourront
être enregistrées. Les informations une fois collectées ne disparaîtront jamais.
Tout pourra être observé, plus rien ne restera local. Mêmes les transactions non
numérisées laisseront des traces numérisées.
La
deuxième tendance : Tout est en train d'être mis en ligne. Alors que dans
le passé le monde était modélisé autour de grands ordinateurs, les ordinateurs
et les capteurs intelligents d'aujourd'hui sont déployés sur la terre entère.
Les micro-processeurs sont partout, tout -et pas seulement les PC- est en train
de se connecter à Internet. Les téléphones mobiles peuvent être localisés à quelques
centaines de mètres près et peuvent effectuer automatiquement un appel d'urgence
si nécessaire, les automobiles communiquent leur position, leur vitesse, la façon
dont elles sont conduites etc … Les bijoux seront des capteurs biologiques intelligents,
connectés aux cabinets de médecin à travers le Net, avec des myriades de capteurs
biologiques et d'acteurs affluant sur le corps des individus.
La
troisième tendance : un modèle de type " utilitaire " pour délivrer de la
valeur (value delivery) à travers la technologie de l'information est en train
d'émerger. Cette tendance est commandée par le fait que nous utilisons tous une
infrastructure commune partagée, l'Internet, et qu'il y a des motivations économiques
puissantes pour toujours fournir des technologies d'information encore plus complexes
de services électroniques. Nous voyons les premiers exemples de cela dans les
industries naissantes xSP (Fournisseurs d'accès d'applications, Fournisseurs d'accès
de stockage, …). Des données personnelles sont transmises sur le réseau par la
technique du " push " vers des (edge)-serveurs : les serveurs collectent, gèrent,
diffusent les données personnelles au nom des individus. Les serveurs opèrent
sur les données personnelles pour le compte des fournisseurs de services en bout
de chaîne (providers of end services). Le modèle e-utilitaire est rendu possible
à travers les standardisations et la constante réutilisation de blocs de construction
logiciels qui sont décrits dans la
Quatrième
tendance : au fur et à mesure que les ordinateurs deviennent de plus en plus
puissants, les logiciels deviennent de plus en plus performents. De nouvelles
techniques de développement des logiciels, comme la programmation objet, et des
environnements comme JAVA, ont augmenté la productivité des programmeurs par plusieurs
facteurs de magnitude et conduisent vers un environnement où la construction de
blocs de logiciels est devenu le business. Les gens n'argumentent plus selon qu'ils
utilisent Linux, Windows 2000 ou un autre système d'exploitation, mais se préoccupent
plutôt du niveau des objets-business (business level object) déployés et de leur
compatibilité entre-eux. Cette compatibilité conduit également à avoir la capacité
de mettre en place des relations d'affaires électroniques rapides avec les fournisseurs
et les consommateurs pour se mouvoir dans un monde de e-business dynamique. De
telles standardisations de logiciel ne prêtant pas suffisamment attention aux
méthodes assurant la sécurité des systèmes de gestion des informations (information
handling system) conduisent vers une situation où les attaques peuvent être développées
une seule fois et appliquées n'importe où. Nous constatons qu'une moyenne de 2
à 3 nouvelles vulnérabilités sont découvertes chaque jour, des vulnérabilités
bien connues ne sont pas résolues et la focalisation permanente sur les caractéristiques
et les fonctions conduit vers une infrastructure extrêmement fragile. La mise
en oeuvre de prouesses (techniques) comme celle du débordement de tampon permet
des vols à grande échelle de données personnelles avec des conséquences encore
inconnues.
La cinquième
et dernière tendance est appelée " optimiser pour survivre " . Elle indique
que dans le futur, l'informatique de l'entreprise ne sera pas uniquement utilisée
pour l'automatisation des processus traditionnels et pour l'efficacité interne
(ERP, comptabilité ..) mais sera surtout pour réinventer les affaires. Nous en
voyons déjà des exemples dans les compagnies pharmaceutiques, les institutions
financières etc … qui utilisent l'informatique de haute performance pour inventer
de nouveaux produits ou pour redéfinir leurs chaînes de valeurs (value chain)
d'une manière qui était impossible d'obtenir jusqu'à maintenant. Les données personnelles
sont des ingrédients importants pour optimiser de nombreuses affaires, par exemple
fusionner et exploiter par data mining les données collectées dans les systèmes
de gestion des relations des consommateurs (customer relationship management system)
ou dans le futur, pour fournir sur mesure une offre de médication adaptée au profil
génétique individuel.
Les
exigences sur les technologies améliorant la protection de la vie privée
A partir des exemples présentées, on peut avoir l'impression que ces tendances
conduisent inévitablement vers un monde sans vie privée. Mais la technologie peut
aussi résoudre ou du moins améliorer le problème. Les systèmes de gestion des
identités et les outils intelligents pour bloquer, filtrer et faire du " sur mesure
" pourront aider les individus à limiter à ce qui est vraiment nécessaire et voulu
la quantité de données personnelles cédées. Evidemment, une fois cédées, les informations
personnelles ne peuvent plus être récupérées. Par conséquent, mettre en place
une sensibilisation sera la clé de la protection de la vie privée.
Les
entreprises ont besoin de technologies spécifiques d'amélioration de la protection
de la vie privée, allant d'outils pour concevoir la protection de la vie privée
améliorant le processus des affaires à des outils supportant la création, la gestion
et le respect des politiques de protection de la vie privée. De nouveaux services
de protection de la vie privée des consommateurs seront offerts, permettant aux
individus d'accéder à leurs données personnelles.
L'infrastructure
fournira quelques services d'amélioration de la protection de la vie privée, comme
la confidentialité ou même la communication protégeant la vie privée et tous types
de situation établissant la confiance (trust enablement). Suivant la tendance
générale, des services plus nombreux seront pris en charge par l'infrastructure.
Il sera important de s'assurer que de tels services d'infrastructure seront fournis
d'une manière sécurisée et fiable : il devra y avoir une variété de fournisseurs
de services indépendants donnant un certain choix aux individus, et leurs services
devront être basés sur des standards ouverts qui auront été soigneusement évalués
par la communauté scientifique.
Les
recherches sur la protection de la vie privée chez IBM.
IBM Research a mis en place un programme global de recherche pour développer des
nouveaux services et des nouvelles technologies pour l'amélioration de la protection
de la vie privée. Quelques échantillons de projets seront brièvement présentés
ci-dessous. Nous nous focaliseront surtout sous l'angle des entreprises et des
infrastructures. Toutes les technologies sont conçues pour satisfaire le double
besoins de la protection de la vie privée et de la sécurité, c'est à dire qu'à
chaque fois qu'une technologie fournit un (service d') anonymat, tout mauvais
usage est empêché : l'anonymat peut toujours être révoqué par une autorité de
confiance (trusted agent).
L'un
de nos projets développe une infrastructure à clé publique d'amélioration de la
protection de la vie privée à base de pseudonymes. Comme chez un PKI ordinaire,
les individus reçoivent des certificats et peuvent les utiliser dans les transactions
du e-business. L'utilisation d'un certificat ordinaire révèle beaucoup d'informations
additionnelles concernant le propriétaire du certificat. En utilisant des techniques
modernes de chiffrement, nous permettons à un individu d'avoir juste à prouver
un fait, par exemple qu'il est un habitant de Zurich. Aucune autre information
n'est à révéler.
Avec
le " Global Services organization " d'IBM, IBM Research développe une Architecture
de protection de la vie privée de l'entreprise (" Entreprise Privacy Architecture
") qui permet à une entreprise de définir et d'implémenter un programme de protection
de la vie privée à l'échelle de l'entreprise.
Un
nouveau concept dans cette architecture est le " Sticky Policy Paradigm " : conceptuellement
du moins, les informations personnelles arrivent toujours accompagnées d'une politique
spécifique de protection de la vie privée, approuvée par l'entreprise et les individus.
L'architecture garantit que ce lien n'est jamais brisé, même quand ces données
personnelles sont divulguées à une autre entreprise. Cela tranche avec les politiques
de sécurité ordinaires qui sont uniquement définies par l'entreprise ainsi qu'avec
les politiques qui s'attachent plutôt aux catégories d'informations et non pas
à des éléments individuels. En général, les autorisations résultant d'une politique
de protection des données personnelles sont considérablement plus compliquées
que celles résultant d'une politique de sécurité.
Plusieurs
composants sont nécessaires à une entreprise pour gérer et implémenter de telles
politiques de protection des données personnelles. A côté des éléments implémentant
l'autorisation et l'audit, l'" Entreprise Privacy Architecture " supporte également
des services de protection des données personnelles des consommateurs, comme l'accès
aux données personnelles, l'utilisation d'une authentification, comme le PKI d'amélioration
de la protection de la vie privée, et la génération et l'usage de données dépersonnalisées
pour le data mining.
L'usage
du data mining est souvent considéré comme la pire des situations en matière de
protection de la vie privée. L'un de nos projets examine comment les statistiques
peuvent être calculées à partir de données vraiment anonymisées : les données
sont anonymisées en enlevant toutes les informations identifiantes et en randomisant
toutes les données numériques afin qu'elles ne contiennent plus aucune information
sur les personnes. Le projet a montré que si cette randomisation est faite d'une
manière spécifique, certaines statistiques, néanmoins, comme les moyennes et les
corrélations, peuvent être calculées précisément. Ainsi la protection de la vie
privée et les statistiques par data mining peuvent être en fait combinées.